Prophète en son pays
La Maison du Muscadet n’est plus le seul temple du Muscadet en Loire-Atlantique. Ces derniers mois, de nouvelles enseignes ont vu le jour à Nantes avec pour point commun de valoriser l’AOC emblématique du vignoble nantais. Un signal fort pour la viticulture nantaise, révélateur de sa montée en gamme.
Au n°61 du Quai de la Fosse à Nantes, une nouvelle enseigne vient tout juste d’ouvrir. A la fois cave et bar, la Muscadothèque est avant tout un lieu dédié au Muscadet, porté par Pierre Picorit, 33 ans et enfant des quais. « J’ai grandi ici et quand l’opportunité d’acheter ce local s’est présentée il y a un an, je l’ai immédiatement saisie. Je ne savais pas encore ce que j’allais en faire, je savais juste que je voulais que ce lieu fasse briller la ville de Nantes ». Grand amateur de vin, il se met alors en tête de créer une vinothèque « en s’inspirant de ce qui se fait en Bourgogne et à Bordeaux. Je suis allé voir tous les vignerons, je me suis formé et on a créé la Muscadothèque avec l’ambition de faire découvrir les vins de notre terroir aux nantais. » Cet amour du vin et particulièrement du Muscadet, c’est aussi ce qui a poussé Hedi Abdelkafi, 36 ans, à ouvrir en novembre dernier la Muscadeterrie. Implanté à l’est de Nantes, dans la zone d’activité du Centre de Gros, le lieu est à la fois une cave, un bar et un restaurant. « Je suis revenu à Nantes il y a trois ans et j’ai alors découvert l’histoire incroyable du Muscadet que je ne connaissais pas alors que j’ai grandi à la Chapelle Basse-Mer », raconte celui qui était auparavant responsable commercial dans l’informatique. « J’ai découvert qu’il n’y avait pas de lieu où l’on pouvait trouver l’ensemble des Muscadets. A l’origine, j’ai travaillé sur un projet de Muscadet Expérience pour faire découvrir le vin de manière ludique puis j’ai trouvé le local et le projet a évolué en cave, puis en bar et aussi en restaurant du midi du fait du nombre d’entreprises à proximité. »
- Pierre Picorit, de la Muscadothèque.
- Hedi Abdelkafi, de la Muscadetterie.
La Maison du Muscadet en doyenne
Ces deux nouveaux temples du Muscadet ne sont pourtant pas les tout premiers en Loire-Atlantique. Le Château de La Frémoire à Vertou est depuis 2017 un site incontournable de découverte des AOC de Nantes, dans un premier temps saisonnier puis permanent depuis mai 2024 et le lancement du Voyage en Muscadet. A Clisson, la cave des Muscadets, hébergée dans l’Office de tourisme, propose depuis de nombreuses années à la vente les cuvées des vignerons de la Vallée. Plus ancienne encore, la Maison du Muscadet à Vallet fait rayonner l’appellation depuis plus de 50 ans. Portée par une association de vignerons, elle a toujours conservé le même objectif : faire découvrir la diversité des Muscadets. « A l’origine, la cave ne vendait que les Muscadets des vignerons de Vallet. Le territoire s’est ensuite étendu et l’association est aujourd’hui intercommunale mais le fonctionnement est resté le même. Ce sont les 21 vignerons de l’association qui sélectionnent les vins et se relayent pour assurer des permanences », explique Rachel Martin, responsable de la boutique. La Maison du Muscadet vend entre 13 et 14 000 bouteilles par an, principalement de Muscadets et de Gros Plant du Pays Nantais, mais elle a depuis élargi son offre. « La gamme des vins du vignoble nantais s’est développée et la Maison du Muscadet s’est adaptée, au fil des ans, en proposant une large gamme avec des vins mousseux, des rosés, des rouges, des appellations communales (Vallet, Goulaine et Mouzilllon-Tillières), des vendanges tardives puis des vins demi-sec, des jus de raisin… afin de répondre aux différentes demandes », ajoute Maxime Chéneau, vigneron et président de l’association Maison du Muscadet.

Ouverte en 1973 à Vallet, la Maison du Muscadet est un lieu emblématique du vignoble.
« Le Muscadet est fait pour tout le monde ! »
Implantée sur l’ancienne route qui relie Nantes à Cholet, la Maison du Muscadet a vu sa clientèle évoluer avec le temps. « A l’origine, on avait beaucoup d’Anglais qui profitaient de leur passage dans la région pour faire le plein. Désormais nous avons toujours des touristes mais un peu moins d’Anglais. Nous accueillons aussi beaucoup de locaux et même de Nantais qui nous connaissent bien », commente Rachel Martin. A Nantes, après 4 mois d’ouverture de la Muscadetterie, Hedi Abdelkafi fait part d’une clientèle de tous les horizons. « On a des jeunes, des gens du vignoble, du centre-ville, des retraités, des actifs, des touristes. Cela confirme que le Muscadet est fait pour tout le monde ! » De son côté Pierre Picorit, vise une clientèle de quartier mais pas seulement. « Nous sommes situés face au Mémorial de l’abolition de l’esclavage, proche des Machines de Nantes, donc on vise aussi la clientèle touristique. Nous avons d’ailleurs déjà accueilli des Chinois et des Canadiens. »

La Muscadothèque est à la fois une cave et un bar. Elle ne propose que des vins produits dans le vignoble de Nantes.
Du côté des achats, si les Muscadets sous-régionaux ont la côte, les appellations communales tirent leur épingle du jeu. « Au début les gens me demandaient un Muscadet, aujourd’hui ils demandent un Clisson, un Goulaine, un Château-Thébaud. Ils font souvent un panachage, achètent 3, 4 bouteilles et reviennent en acheter quand ça leur a plu ou alors vont directement chez le vigneron », poursuit Hedi Abdelkafi. Pierre Picorit a encore peu de recul sur les ventes mais a déjà pu constater que « le haut de gamme se vend très bien. Nos prix commencent à 8/9 € et vont jusqu’à 65 € la bouteille. Sur la première semaine d’ouverture, le ticket moyen est à 28 € ce qui est pas mal du tout ! » A Vallet, les achats ont évolué avec la clientèle. « Désormais les gens n’hésitent plus à acheter du Muscadet pour offrir », sourit Rachel Martin. « On vend pas mal de coffrets cadeaux mais les ventes au carton fonctionnent bien aussi. Les appellations communales sont très faciles à vendre. Ce sont des vins de qualité à un prix raisonnable sachant qu’ici les tarifs sont uniques quel que soit le vigneron. » Ils varient ainsi de 6,60 € la bouteille pour un Sèvre et Maine de l’année à 13,50 € pour un Muscadet communal, et sont dégressifs selon la quantité achetée.
En immersion
Le point commun entre tous ces lieux n’est pas seulement le Muscadet. C’est aussi la volonté d’emmener les clients à la découverte du vignoble. A Vallet, cela passe par des dégustations animées par les vignerons. A La Frémoire, les visiteurs sont invités à découvrir les terroirs au cœur même de la maison des vignerons, à travers des ateliers et animations. A Nantes, la Muscadothèque prévoit d’organiser des dégustations avec les vignerons mais propose aussi la privatisation du lieu pour des soirées 100 % Muscadet. D’ici début mai, la Muscadetterie lancera quant à elle sa « Muscadet Expérience », le projet à l’origine du concept. « C’est un parcours d’1h30 à 2h durant lequel les visiteurs vont découvrir l’histoire du Muscadet, son élevage, ses arômes, etc., de manière assez ludique. Ils iront de stand en stand et termineront par une dégustation de 5 à 7 vins », explique Hedi Abdelkafi. Cette expérience sera proposée entre 30 et 35 € aux particuliers mais aussi aux entreprises dans le cadre d’une offre séminaire.

Cave, bar et restaurant, la Muscadetterie ouvrira prochainement sa Muscadet Experience.
Avec fierté
Avec le développement de ces offres et de ces lieux de prescription, c’est tout l’écosystème du Muscadet qui se transforme. Hedi Abdelkafi, diplômé du Master Muscadet, a d’ailleurs le sentiment d’appartenir à une communauté. « On m’a sollicité pour le jury de la Pipette d’Or, nous avons accueilli le Grand Prix Clémence Lefeuvre pour une animation, des vignerons viennent nous voir… Je suis vraiment ravi de tous ces liens qui se créent ». A la Muscadetterie, les produits dérivés Muscadet connaissent d’ailleurs un tel succès que son fondateur doit refaire ses stocks. « Au début, les pulls et tee-shirt étaient surtout achetés par les vignerons mais maintenant on a aussi des groupes d’amis ou des clients qui les achètent pour offrir. Il m’est arrivé de croiser des personnes avec le pull Muscadet en salon ou à la foire de Vallet, c’est top ! » La Muscadothèque entend elle aussi faire rayonner le Muscadet en jouant sur le sentiment d’appartenance des Nantais. « Ce que je veux c’est valoriser ma ville, Nantes, et son terroir. Nous n’allons pas tout révolutionner mais montrer à tous qu’à Nantes, on a tout ce qu’il faut. Il faut être plus chauvin ! », insiste Pierre Picorit. Un message qui s’adresse aussi bien aux consommateurs qu’aux producteurs de Muscadet qui peuvent constater, à travers ces nouvelles ambassades, l’évolution de la notoriété et de la reconnaissance de leur appellation phare. D’ici quelques temps, la communauté devrait par ailleurs s’agrandir avec l’ouverture d’un nouveau lieu de vie à Vertou baptisé « Folle Blanche », en hommage cette fois, à l’autre cépage emblématique du vignoble de Nantes.